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 OLIMPIA : noli me tangere

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Date d'inscription : 01/05/2018

MessageSujet: OLIMPIA : noli me tangere   Mar 1 Mai - 8:25


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Olimpia Conti
Avec des mots on fait et on défait comme on veut.


AGE — Trente cinq années juste passéesDATE ET LIEU DE NAISSANCE — Rome, un 21 décembre NATIONALITÉ — Italienne ÉTAT CIVIL — Célibataire OCCUPATION — Autrice, romancière plus précisément COMMUNAUTÉ(S) — // GROUPE — Touriste MOOD BOARD — ici par tosfumarewords

cose su di me.

QUALITÉS — Observatrice : c'est un art que de savoir exactement ce qu'il se passe autour de soi ; que de prendre le temps de regarder et de noter, dans un coin de sa mémoire, les couleurs, les odeurs et le moindre détail. Imaginative : les histoires lui viennent comme les chansons qui traînent dans un coin de la tête, ces mélodies dont on ne peut se débarrasser et qui, pendant des heures, vous taraudent et vous torture - elle les couche sur le papier. Calme : certains la diront froide, d'autres envieront son calme apparent - son sang italien, aussi chaud que celui de ses compatriotes, est savamment maîtrisé. DÉFAUTS — Distante : il est difficile de se liée à cette femme dont l'éloignement la rend énigmatique. Elle ne parle pas aux inconnus, se contente de les regarder, ne se mêle pas à la foule, préférant fumer au loin. Cynique : son humour est aussi noir que ses cheveux sont bruns. Olimpia n'a pas de grands éclats de rire séducteurs, ni la farce facile. Elle préfère les choses délicatement empaquetées, délivrées mine de rien. Inattendue. Perfectionniste : certains diront qu'il s'agit d'une qualité mais le perfectionnisme de la romancière tourne parfois à l'obsession. Il n'est pas rare de la voir disparaître : elle s'enferme des jours entiers dans son bureau afin de réviser les pages écrites. PASSIONS — L'écriture. SAISON PRÉFÉRÉE — Le Printemps et parfois l'Automne, quand l'humeur est mélancolique. FRUIT PRÉFÉRÉ— Le melon, et la figue, proche seconde LIEU FAVORI — Le coeur du Panthéon à Rome, ou le jardin botanique du Trastevere. RÉPUTATION A MALCESINE — Tout reste encore à faire. AU VILLAGE DEPUIS — Quelques jours.

vivere in città.

Les choses se font parfois aisément, comme ça, sans douleur. Un article dans le journal, une histoire racontée par un proche. Quelques mots suffisent et voilà qu’une idée germe, grossit, prend racine et grandit jusqu’à devenir quelque chose.
Olimpia était habituée à créer à partir de rien : une idée, vaguement esquissée au réveil, le début d’un rêve sur le bout de la langue, une impression furtive ; un nuage qui s’écarte et qui laisse entrer la lumière dans les salles de la villa Borghese ; une vieille tasse ébréchée retrouvée dans un coin de son appartement. Un rien, vraiment, engageait sa main, son bras, jusqu’à sa tête, engageait son corps dans l’acte d’écriture. D’une poussée, elle y passait des heures, penchée en silence sur le bureau en noyer installé près de la grande fenêtre.
Un jour, la beauté disparut. L’inspiration et l’envie de travailler s’enfuir avec elle, déguerpissant t sans laisser une virgule.
Un mois passa, puis un autre. Toute une année s’écoula et l’on commença à s’inquiéter, dans les bureaux de la maison d’édition. On commença à se demander si Olimpia Conti avait perdu l’inspiration, la fameuse, s’il fallait annoncer la fin de la carrière ou l’envoyer chez un rebouteux. On lui proposa de partir en Thaïlande, de s’exiler quelques temps en France, d’essayer l’hypnose et de se mettre au yoga. Olimpia se contenta d’allumer une autre cigarette et de feuilleter la presse du jour.
Là, en troisième page, entre deux encarts sur les sorties culturelles romaines - une adaptation dénudée de Shakespeare et une exposition au Musée du Capitole -, se dessinait le nom de Malcesine. Sa sonorité, délicate et légèrement frottée, plu à la jeune femme. Elle en dessina les contours dans son esprit, imagina les rues étroites et ensoleillée, le calme qui devait régner - tout est plus calme que Rome, même quand on y vit depuis des années.
Olimpia ne tarda pas à prendre sa décision. Quelques coups de fil suffirent à mettre en branle son plan : louer une maison - durée indéterminée -, s’éloigner de Rome - durée indéterminée -, s’exiler quelques temps - durée toujours aussi indéterminée.

dimmi la tua vitta.

On entend l’eau qui coule, dehors. Avec les beaux jours, ils ont lancé la fontaine et elle goûte, délicatement, dans la cours de la maison. Au loin, on entend Rome, également, les bruits de la ville comme partout dans le monde : voitures, klaxons, rires et cris. Mais il n’y a qu’à Rome qu’on sent la chaleur s’abattre ainsi sur vos épaules dès le mois d’avril. Elle colle, cette moiteur, elle colle à la peau et se dépose en une couche légère de sueur et de poussière.
Olimpia n’a que cinq ans mais elle se rappelle l’oranger et le citronnier dans le jardin, la senteur légèrement acidulée de leurs feuilles, leur écorce rêche sous ses doigts.
Ses parents sont à l’intérieur - elle s’est faufilée dehors, par la cuisine, entre la grande table en bois et les jambes de la nourrice qui a fait mine de ne pas la voir passer. Sa mère n’aime pas qu’elle joue dans le jardin toute seule - on ne sait jamais ce qui pourrait arriver. Olimpia, elle, passerait son temps dehors si elle le pouvait.
Ce n’est pas tant le jardin qui l’intéresse, à dire vrai, mais les couleurs, les bruits, les sensations. Le soleil sur ses bras nus et encore blancs, les quelques courants d’air frais , les bruits de pas sur le trottoir, de l’autre côté du grands portail.
La petite fille s’assoit sur le rebord de la fontaine et remonte sa robe brodée jusqu’à la taille. Sans hésiter, elle glisse ses petites jambes dans l’eau glacée et remue les orteils en souriant. Elle sera malade le lendemain, et certainement alitée pour la journée. Un rire lui échappe, léger et un peu grave à la fois - sa voix est déjà si particulière.
La nourrice sort en pestant de la cuisine et l’attrape par les épaules, la tirant hors de la fontaine prestement. Mais Olimpia a déjà tout retenu, tout noté : la tiédeur de la pierre et les mouvements de l’eau, la canne de la vieille voisine qui vient de remonter son allée, les injures lâchées par un automobiliste agacé.

***

« Olimpia, est-ce que tu m’aimes ? »
La question lui semble si ridicule qu’elle en est décontenancée. Qu’est-ce que cela veut dire exactement, « aimer » ?
L’adolescente observe le jeune romain qui se tient là, face à elle, quelque peu dégingandé. Il est beau, ou du moins on sent en lui la beauté qui ne s’épanouira que dans quelques années. Ils font un joli couple, lui a-t-on dit la dernière fois.
Olimpia ne considère  pas qu’ils sont en couple et n’apprécie guère l’adjectif « joli » tant il est banal et usé.
« Ce n’est pas compliqué, je crois. Est-ce que tu m’aimes ? »
Si, c’est compliqué, extrêmement compliqué, comme question. Elle n’en dit pourtant rien et se contente d’allumer une cigarette. Elle va bientôt avoir dix-sept ans et a commencé à fumer l’été dernier. Pour essayer, d’abord, puis pour parer à l’anxiété qui lui fourmille le long des doigts - celle qui remonte son bras et se glisse dans sa boîte crânienne.
« Pourquoi tu me demandes ça ?
Je veux savoir.
Pourquoi ?
Tu m’emmerdes, Olimpia. Moi, je suis amoureux de toi. »
Il a craché ça comme de la haine ; elle en aurait reculé d’un pas. Est-ce que c’est cet air-là qu’on arbore quand on est amoureux ? Cet air furieux qui déforme les traits ?
Olimpia ne l’aime pas, pas même un peu. Elle l’a apprécié, au début, quand il n’était pas sérieux. Il n’y a que peu de choses que la jeune fille prend avec sérieux - pas cette affaire, en tout cas.
Elle l’observe une dernière fois, sachant déjà qu’elle ne le verra plus. Le blessé n’est pas dans ses intentions mais ce regard insistant et ses mains qui tentent de la toucher la mettent mal à l’aise, lui donnent l’impression d’être un objet plus qu’un être.
Le souvenir de leurs ébats de la veille lui revient en tête. Un frisson lui remonte le long des bras. Est-ce son pénis, qui parle, ou sa tête ? Et qu’a-t-il de si particulier, ce pénis, pour qu’elle l’ait choisi ? Elle-même ne saurait dire pourquoi.
« Non, je ne t’aime pas. »
Ce n’est pas par cruauté, qu’elle le lui avoue, mais par honnêteté. Elle voit la colère qui monte en lui et le défie, un bref instant, de la mettre à exécution. Il suffit de regarder pour savoir ce dont les hommes sont capables - les pires d’entre eux le portent sur le visage.
Olimpia contourne le garçon dont, des années plus tard, elle aura oublié le nom, et s’en va.


***


On lui a dit que son texte était bon et qu’il lui suffisait de le mettre dans l’enveloppe ; qu’il n’y avait plu rien à faire et qu’elle risquait de l’abîmer. Elle barre pourtant une phrase et la réécrit rapidement, en rouge, entre les lignes.
Olimpia est enfermée depuis quatre jours dans le bureau de son vaste appartement - c’est un cas d’auto-séquestration. Les cigarettes s’entassent dans le cendrier qu’elle n’a pas pensé à vider et le café, au fond de sa tasse, est froid depuis plusieurs heures.
On a toqué à la porte, la veille ou l’avant-veille, mais elle n’a pas ouvert. L’homme qu’elle fréquente - un jeune professeur de l’université qu’elle fréquente - devait passer, elle s’en souvient à présent. Il n’y a pourtant rien de plus important que son texte, à cet instant. Les baisers et le sexe ne lui apporteront ni la satisfaction du travail bien fait ni le plaisir de voir une page, une phrase, parfaitement organisée.

Une heure s’écoule, puis une autre, avant qu’elle ne pose le stylo sur le bureau en noyer. Ses doigts sont tâchés d’entre et elle est fatiguée. Ses épaules sont douloureuses et son dos tire d’être resté si longtemps courbé. Pourtant le texte est là, enfin terminé.
Un soulagement immense s’empare d’Olimpia. Ça commence dans les orteils, doucement, et ça remonte le long des mollets ; ça passe par ses cuisses, ça se glisse entre ses jambes, entre ses entrailles, jusque dans son estomac. C’est grisant, vraiment.

Partagée entre une conviction profonde - elle écrira jusqu’à sa mort - et par la triste réalité du milieu de l’édition - ce texte ne sera peut-être jamais lu -, elle glisse les quelques feuillets corrigés, propres, révisés, dans une grande enveloppe. Elle n’a rien ajouté : ni présentation, ni résumé. Sur un post-il, elle a négligemment inscrit son adresse - fausse désinvolture en italique.

Elle descend les escaliers de l’immeuble - un ancien hôtel particulier appartenant à ses parents qui ont élégamment mis à sa disposition l’appartement où elle réside -, traverse la rue, marche d’un pas pressé jusqu’au bureau de poste le plus proche et fait affranchir son trésor en recommandé. Elle ne veut pas attendre. Elle ne veut pas savoir, non plus, ce qu’ils en auront pensé. Olimpia a peur de l’échec et du rejet, peur qu’on souligne un manque de talent, de style, de grandes idées. L’angoisse, un instant, lui tord le ventre. L’enveloppe glisse dans la boîte.

Quelques semaines plus tard, on lui annoncera la publication, dans une revue littéraire, de sa première nouvelle à compte d’éditeur. Elle choisira de ne jamais montrer son visage.


***


Depuis combien de temps n’a-t-elle pas écrit ? Des semaines, des mois peut-être. Elle n’est pas certaine de se souvenir des derniers moments passés assis au bureau en noyer. Les noeuds et les nervures lui sautent aux yeux - elle le connaît par coeur -, mais elle craint de s’y asseoir et de le regarder.

Elena l’a appelée plus tôt dans la journée. Tout le monde s’inquiète, Olimpia, tu ne donnes plus de nouvelle. Tu n’as pas voulu signer le nouveau contrat. Que se passe-t-il ? Tu n’y arrives pas ? Ce n’est pas grave, tu sais. Ça arrive à tous les auteurs - toutes les autrices, s’il-te-plaît, Elena - de perdre le fil.

Ce sont les mots qui lui échappent et c’est ce qu’Elena ne comprend pas. La feuille et l’écran la fixent, la provoquant, la défiant de venir et d’écrire. Olimpia ne sait, ces derniers mois, que se détourner. Elle sait pourtant que sa carrière dépend de son prochain roman. Les ventes sont allées crescendo, ces dernières années, et les critiques soulignent l’élégance de son style et l’originalité de sa pensée. Olimpia Conti a tout pour réussir.

Tout sauf l’envie d’écrire.

Rome l’étouffe. Voilà ce qu’il se passe. L’appartement est trop petit, trop fermé, et son bureau lui donne envie de hurler. Les cours qu’elle donne à l’université, de temps en temps, lui permettent de s’échapper mais n’occupent pas ses journées entières. Les nuits passent, hanches contre hanches, bassins contre bassins, et les va-et-vient l’ennuient. Elle ne sait plus séduire - elle ne veut plus séduire. Son entourage lui donne la nausée, la vue de ses romans l’irritent. Une énorme pierre a pris la place de sa pensée et elle sent sa tête s’alourdir de jour en jour.
Olimpia, est-ce que tu fais une dépression ? Est-ce que c’est ça ? Parce que tu pourrais écrire, sur le sujet, ce serait fantastique d’en parler. Tes lecteurs apprécieraient.

Ce n’est pas une dépression mais un trop plein d’habitudes, un trop plein de passés qu’elle ne saurait revivre, de rencontres qu’elle en viendrait presque à regretter. La beauté lui a échappé, voilà la vérité, et avec ça les mots s'en sont allés


***


Les draps sont chauds du soleil qui inonde la chambre. Au dehors, on n’entend quelques rires puis le silence. Pas un bruit. C’est l’heure de la sieste et Olimpia se prélasse au lit. Malcesine somnole-t-elle, en contrebas ?

dietro lo schermo.

PSEUDO/PRÉNOM — Pauline
PRÉSENTATION PERSONNELLE — Je suis trop vieille pour dire mon âge (26), prof de français, réformée des RPs (mais je n'ai pas pu résister à une autre création de Mariko), ex-étudiante en histoire de l'art.
FRÉQUENCE DE CONNEXION — Quotidienne mais avec le travail, la fréquence des postes peut varier.
AVATAR — Eva Green, la magnifique.
COMMENT AVEZ-VOUS CONNU LE FORUM ? — Bouches à oreille, puis via Bazzart, vu qu'Appo n'a pas daigné m'en parler !  🇭🇲
MOT DE LA FIN — C'est sublime ici :mimi:[/i]
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